L'intermède, un journal sur l'art et la culture associant chercheurs et journalistes

Categorie: Revues spécialisées

L’Intermède est un site d’actualité culturelle et universitaire, en France et à l’étranger, entièrement bénévole, lancé à l’été 2009 par Claire Cornillon et Bartholomé Girard. L’Intermède n’a pas de régie publicitaire, pas d’actionnaires, n’emploie aucun salarié, n’a pas vocation à gagner ou à faire gagner de l’argent : il repose uniquement sur l’adhésion d’un groupe de chercheurs et de journalistes à un projet éditorial qui se veut singulier, et qui tente de produire un journalisme de qualité. La rédaction, aujourd’hui dirigée par Fleur Kuhn-Kennedy et Émilie Combes, compte une vingtaine de journalistes et universitaires, réunis autour d’une même envie d’aborder l’actualité culturelle en rompant avec le rythme habituel des publications pour privilégier l’analyse en profondeur. En effet, nous tenons à nous distinguer des autres sites d’actualité culturelle en ne privilégiant pas l’adage « sur internet, il faut faire court ».

La culture sous toutes ses formes
Depuis 2014, L’Intermède fonctionne dans le cadre d’une association loi 1901 qui a pour but de promouvoir et de diffuser la culture sous toutes ses formes (cinéma, littérature, arts plastiques, danse, musique, architecture, etc.) et de la recherche scientifique sur ces domaines, par le biais du site internet, de l’organisation d’événements culturels ou scientifiques, de la création de partenariats, ou encore de la remise de prix.

Sur L’Intermède, pas de ligne droite et de perspective unique, mais des réseaux, des interférences entre tous les arts et toutes les cultures. Le préfixe inter- va dans ce sens : il s’agit de faire de ce site un lieu de partage, de tisser des liens entre les domaines culturels, qu’ils soient académiques, médiatisés ou plus marginaux. Cet espace a donc été créé parce que nous pensons justement que la culture ne tient pas qu’à un fil, mais qu’elle doit être embrassée dans toute sa diversité, sa complexité, sa richesse. Chercheurs, journalistes professionnels et invités se succèdent au fil des pages du site pour nourrir ce qui fait son originalité : pas de sectarisme culturel, une place importante accordée à l’actualité culturelle étrangère, et le mélange des réflexions universitaires et journalistiques. Nous défendons une approche ouverte et plurielle, car nous aimons la diversité dans une certaine exigence de qualité. Il s’agit pour nous de partager ce qui nous passionne, ce qui nous interpelle, en proposant avant tout un regard authentique et impliqué sur ce qui fait la culture aujourd’hui.

Promouvoir la recherche universitaire

A L’Intermède, nous pensons également qu’il est important de promouvoir la recherche en train de se faire, car elle participe au dessin du paysage culturel. Elle est un lieu d’effervescence de la pensée, où l’on tente de comprendre et d’analyser le passé comme le présent et d’ouvrir des voies vers l’avenir. Or, il existe peu d’espaces interdisciplinaires sur internet car les réseaux de la recherche sont souvent segmentés. C’est pourquoi nous avons souhaité que se côtoient sur les pages de L’Intermède les chercheurs de différentes disciplines pour proposer une vision informée et élargie de la culture sous toutes ses formes.

Le développement conjoint de l’information en flux continu sur internet et l’apparition de journaux gratuits, dont la majorité des pages se compose d’addition de brèves et notules, a joué un rôle déterminant dans ce nouveau rapport à la temporalité de l’information, vue et vécue comme un courant rapide, urgent, où un événement en chasse un autre. L’Intermède est donc né de ce désir de proposer une plateforme d’information inédite sur internet, tant sur le fond (accorder une place importante aux événements internationaux, donner le même espace à tous les domaines artistiques sans hiérarchiser, publier des comptes rendus d’événements universitaires...) que sur la forme, avec des articles de taille conséquente, largement supérieure à la moyenne. Parce qu’ils « prennent le temps » de relater un événement, nos articles imposent un autre tempo à la marche toujours plus rapide des faits d’actualité. Il s’agit, pour les journalistes et universitaires qui écrivent sur L’Intermède, de prendre comme prétexte un événement dans l’actualité culturelle pour raconter une histoire, décrire l’œuvre d’une vie, s’attarder sur une période précise d’une production artistique... Avec ce souci de ne pas aller tout de suite à l’essentiel mais plutôt, au fil des lignes qui s’accumulent, de donner à percevoir l’essence d’un sujet ou d’un thème. Il y a le plaisir de la narration, l’affection des détails qui font sens, le luxe de l’analyse qui peut se déployer sans précipitation, l’intérêt à montrer le cheminement intellectuel qui avance à tâtons, sans proposer de lecture définitive. Il y a la conscience qu’on ne peut saisir les enjeux d’une œuvre sans rappeler dans quel contexte elle a émergé et s’est développée, et l’importance de donner autant des clés de lecture que de la saveur. Un résumé ne donne pas la même information qu’une version longue. Si le journaliste veut rendre compte de l’essence d’une œuvre, d’un courant, d’une époque, il ne peut l’amputer de ses caractéristiques, sinon il donne à voir et à comprendre autre chose. Par ailleurs, tout le monde n’a pas la chance de voyager ou n’aura peut-être pas le temps d’aller voir telle ou telle exposition avant qu’elle ne s’achève. Aussi, en ne considérant pas l’exposition comme un sujet en soi mais en s’attachant plutôt à ce qu’elle raconte, les articles que nous publions n’ont pas de « date de péremption ».

Elargir l'horizon plutôt que suivre le fil rapide et exigeant de l'actualité

Outre les rubriques qui proposent des articles sur l’actualité culturelle – Instantanés, Scènes, Formes, Ecrans, Civilisation, Pages, Toiles, Sons – nous proposons des Dossiers et des Chroniques qui ne suivent pas forcément le fil rapide et exigeant de l’actualité, mais qui élargissent l’horizon, prennent parfois le temps de faire le point, en revenant sur le passé pour contextualiser le présent. Ils sont aussi l’occasion d’explorer d’autres voies, comme celle de l’écriture fictionnelle, d’adopter un ton plus léger ou de faire le choix assumé du subjectif, tandis que nos articles adoptent une approche et une écriture plus académiques. Enfin, la rubrique Le Choix de la rédaction, créée en 2012, permet aux journalistes de promouvoir « en deux mots » un « coup de cœur », et constituent une alternative aux articles plus longs.

Il s’agit donc dans nos écrits d’évoquer un événement parce qu’il nous a interpelés, intéressés, émus, ou bien parce qu’il nous semble un bon prétexte pour aborder un thème plus général, sans adopter une posture de jugement. Très souvent, les lignes éditoriales des médias se dessinent par ce qu’ils aiment ou n’aiment pas, et se forgent ainsi une identité claire dans le flot de supports journalistiques qui existe. Face à ces identités marquées, nous faisons le pari de pouvoir apprécier tout et son contraire. Notre ligne éditoriale commence aussi par cela : la surprise.

La recherche et l’écriture journalistique sont l’expression d’une curiosité fondamentale et une tentative pour penser le monde qui nous entoure et notre rapport à lui. C’est à cette richesse, cette passion et cet élan que nous souhaitons offrir un espace pour s’exprimer. Un intermède pour prendre du recul, non pas mettre à distance le monde, mais pénétrer sa complexité.

Emilie Combes
Directrice de la rédaction de L'Intermède
Enseignant Lettres modernes et Théâtre en lycée
Docteur en littérature française et chargée de cours à l'Université Paris III-Sorbonne Nouvelle