Histoire de l'ANRAT

L'ANRAT naît en 1983 d'un désir commun d'hommes et de femmes, artistes et enseignants mais aussi responsables ministériels, réunis dans un esprit militant pour incarner une certaine idée de l'éducation et d'une conception du théâtre public héritée de Jean Vilar. L’association affirme dès le départ la place que le théâtre doit acquérir au sein de l'institution scolaire comme vecteur pédagogique de l'émancipation, de la transformation, et comme espace de construction des citoyens. Elle affirme la vertu pédagogique de la présence de l'artiste à l'école, en "partenariat" avec les enseignants.
Elle est faite du paradoxe qui tisse les démocraties : elle s'est toujours située dans une grande indépendance de pensée et d'action, tout en restant, dans son existence structurelle d'association, fortement dépendante des soutiens du Ministère de la Culture et de celui de l'Éducation nationale. Néanmoins, en organisant les universités d'été à la demande des ministères, l'ANRAT a montré le caractère unique de son expertise en matière d'interface Théâtre & éducation. Francilienne dans son impulsion, l'ANRAT a construit un mouvement de centaines d'adhérents et a tenté d'élaborer des relais pour démultiplier ses activités en régions (assises régionales, rencontres interrégionales, etc.).

De 1987 à 1999, Jean-Gabriel Carasso fut secrétaire général, puis directeur de l'association, traçant les grands axes de l'action de l'ANRAT. Comédien et metteur en scène de formation, mais également militant de l'éducation nouvelle et diplômé d'études politiques, il mit en chantier à la fois l'organisation associative (rencontres en région et au plan national), la réflexion et la communication (les Cahiers Théâtre / Éducation aux éditions Actes Sud-Papiers, les "Levers de rideau" avec des jeunes dans les théâtres...), la diffusion d'une vaste réflexion sur le théâtre et ses pratiques (Histoire de la décentralisation avec Robert Abirached, Le Corps poétique avec Jacques Lecoq, Le diable c'est l'ennui avec Peter Brook...). Il porta également une attention particulière à la formation (notamment par l'organisation d'universités d'été, de colloques, de séminaires, particulièrement au Festival d'Avignon). On lui doit également d'avoir investi le champ audiovisuel par la réalisation de films (sur Jacques Lecoq, Peter Brook, Stanislas Nordey... avec ARTE) et l'ouverture internationale par la création d'IDEA et l'organisation des premiers Congrès mondiaux "théâtre et éducation" (au Portugal, en Australie...). Sous son impulsion, en collaboration avec le Conseil d'administration de l'époque, présidé par Jean-Charles Lenoir, la pensée et la pratique du Théâtre / Éducation ont pu progressivement s'inscrire dans les textes de référence et permettre de définir les cadres légaux de l'éducation artistique et culturelle telle qu'elle est aujourd'hui reconnue.

De 2000 à 2009, Jean-Pierre Loriol prolongera l'oeuvre de son prédécesseur en s'inscrivant tant dans les valeurs que dans les activités déjà initiées à l'ANRAT (publications des Cahiers Théâtre / Éducation et des Ateliers de Théâtre en partenariat avec Actes Sud, développement des numéros thématiques comme L’artiste à l’école, revue associative trimestrielle – Trait d’Union,...). Il renouvelle en profondeur la formation avec la création en 2001 des séminaires d’Avignon. Le fait qu'il ait été aussi enseignant et responsable académique de l’action culturelle au rectorat de Créteil,  associé à son parcours de metteur en scène entre 1983 et 2001, lui a permis de travailler plus que jamais à l’objet même de l’association qui est et demeure le partenariat éducation / culture. Jean-Pierre Loriol a ainsi été l'homme de la continuité, notamment dans la construction des relais en régions et son projet clairement tourné vers cette préoccupation de la décentralisation, de l’élargissement de l’action associative  et du renouvellement de ses pratiques. Ce sera tout particulièrement le cas  avec le travail qu’il a initié et conduit sur la Charte nationale de l’École du spectateur en 2008/2009. Il convient enfin de signaler que sous son impulsion avait été crée, en 2005, le Forum permanent pour l’éducation artistique (FPEA) regroupant de très nombreuses associations et organisations, avec l’objectif de parler d’une même voix pour le développement significatif de l’éducation artistique et culturelle dans le cadre de l’école.

Claire Rannou, normalienne et agrégée de lettres, devient déléguée nationale en 2009 et jusqu’en 2013. Elle développe très largement les formations de l'ANRAT, notamment pour les enseignants et dans la continuité de la signature de la Charte de l’École du spectateur qu’elle coordonne en 2009 avec le président Emmanuel Demarcy-Mota arrivé en 2008. En 2011, elle initie l'opération Transvers'Arts, qui se veut une mise en œuvre concrète de la Charte, sur le territoire francilien. Cette opération qui a pris de l’ampleur chaque année concerne aujourd’hui trente opérateurs culturels, soixante-dix classes, et près de deux mille élèves de la maternelle à l’Université. On doit également à Claire Rannou d’avoir organisé un congrès qui a rassemblé près de 1500 personnes à Paris en juillet 2013, IDEA Paris 2013. Celui-ci a permis à de nombreux chercheurs et praticiens de croiser réflexions et projets. Les actes sont parus en décembre 2015 sous le titre Théâtre et éducation dans le monde (Lansman Éditeur).

En novembre 2013, Marie Stutz, diplômée de sciences politiques et de gestion des organisations culturelles, militante de l’éducation populaire et attachée principale en disponibilité de la fonction publique territoriale, alors membre du bureau, reprend la coordination de l’association pour une mission visant à faire le bilan des 30 ans de l’ANRAT et à dégager les grandes perspectives pour un nouveau projet. La structuration et le repositionnement de l’association dans un nouveau contexte, le suivi des chantiers en cours (formations et expérimentations de l’École du spectateur notamment) et la communication pour faire de l’association un réseau au fonctionnement horizontal, deviennent des priorités.